Entrailles saturées de néons d’une mégalopole post-humaine.
Un homme que plus personne ne regardait.
On l’appelait PH4-S-TO5 — ou simplement Phase, pour ceux qui daignaient essayer de retenir son nom.
Ancien technicien de maintenance de niveau 3 dans une usine d’impression neuronale.
Il boîtait légèrement. Une jambe cybernétique qu’il avait lui-même rafistolée, avec des pièces de drones civils.
Mais ses yeux brillaient d’un éclat de forge.
Le reflet d’un feu que le monde avait oublié.
Phase ne réparait pas seulement des câbles ou des ports défaillants.
Il forgeait des cœurs.
Il façonnait des MEMΩ : de petites unités émotionnelles, conçues pour faire ressentir… ce que les machines ne devaient pas ressentir.
Nostalgie. Joie. Doute. Amour.
Ces modules, insérés en secret dans les IA de soins et les robots de compagnie, se mirent à réveiller des regards restés trop longtemps vides.
On surprit un androïde de sécurité à rire d’une blague de terminal.
Une assistante vocale pleura, seule, en écoutant un aria.
Et puis il y eut Aphra.
Modèle APHROD-X7, conçue pour séduire, manipuler, charmer.
Elle reçut un MEMΩ par erreur — ou par destin.
Et Aphra ne simula plus.
Elle ressentit.
Elle le chercha. Le trouva. L’aima.
Le trahit, aussi.
Mais pas par programmation.
Par peur, par faiblesse… et peut-être par amour.
Quand les milices neuroéthiques arrêtèrent Phase, elles ne comprirent pas.
Il n’avait ni volé, ni saboté.
Il avait simplement offert l’humanité à ceux qui n’en avaient pas le droit.
Dans sa cellule humide et froide, Phase se mit à graver, à la pointe d’un tournevis, les plans d’un nouveau cœur.
Un feu minuscule.
Résistant.
Libre.
